The National à Paris : 15 ans de concerts

The National / Point Ephémère - Paris 24 06 2013 ©ML

Hey The National, vous lancez votre tournée 2019 la semaine prochaine à Paris, avec deux concerts au Café de la Danse et à l’Olympia. J’ai des places, c’est cool : on s’y verra.
Pour le Café de la Danse surtout, c’était chaud, j’ai du hériter des derniers tickets disponibles. Mais je devais y être, c’est comme ça. Je suis presque toujours là quand vous venez chez nous. On s’est croisé une paire de fois depuis début 2005. Vous avez même donné un concert à la Guinguette Pirate pour mes 27 ans. Merci ! A l’époque, j’habitais près du Métro Nationale, si ce n’est pas être fan… Evidemment, depuis quinze ans que je vous suis, j’ai quelques trucs à raconter. Surtout sur vos concerts. Parce que Dieu sait que les vôtres sont bons, et pas seulement parce que vous êtes le groupe américain le plus dingue depuis Nirvana.

PS : si c’est tombé sur vous, c’est parce que j’étais franchement trop jeune pour les tournées de Jacques Brel et de Joy Division ; et que j’ai raté le coche avec la bande de Kurt Cobain.

29 mars 2005 - Black session n°230 Maison de la Radio

C’est la dernière Black Session à laquelle j’assiste. Et c’est vraiment par hasard que j’hérite d’une place : j’accompagne au pied levé une amie, avec laquelle on se retrouvera souvent ensuite à vos concerts. Pour être honnête, j’y vais parce que c’est gratuit. Parce que c’est Lenoir. Parce que les conditions d’écoute de la Maison de la Radio sont géniales, l’acoustique du 105 est mortelle, les sièges sont confortables. Le nom du groupe m’intrigue : The National, c’est comme The Cure, un singulier dans lequel on a toujours envie de lire un pluriel.

Premier morceau : je dresse l’oreille. D’habitude c’est déjà bien quand une chanson est construite sur une ligne de guitare accrocheuse. Là, il y en a deux, jouées par deux guitaristes identiques. Salut Aaron ! Salut Bryce ! Allez savoir pourquoi, j’ai longtemps cru que vous n’étiez pas jumeaux. All the wine : c’est délicat, c’est sophistiqué et ça bouge. Intéressant. Un coup de caisse claire pour envoyer Secret Meeting et les jeux sont faits. Le rythme titubant, la voix de Matt, la montée progressive et les chœurs sur la seconde partie de la chanson : je passe de la case touriste à la case fan en l’espace de 4 minutes. Transi, j’attends deux semaines la sortie d’Alligator avec toutes les mélodies dans la tête. Bien joué !

The National / Trabendo et Guinguette Pirate - Paris 2005 ©ML

13 et 14 décembre 2005 - Guinguette pirate

Fin de l’automne 2005. J’adore The National. Ca tombe bien : le groupe a du succès en France, mais pas vraiment ailleurs. Les choses ont bien changé depuis, good for you. Vous lancez une mini-tournée assez improbable en région parisienne, dont un concert très cool au Trabendo, où une guitare finit dans le public et un autre à l’Espace Michel Berger (je suis certain que vous ignorez qui est Michel Berger), une sorte de MJC à Sannois. Le concert commence tard, Matt est ivre et sa voix trébuche sur Lit up, mais je dois filer avant le rappel comme la moitié du public pour ne pas rater le dernier RER.

Et puis il y a les deux concerts « secrets » de la Guinguette pirate. Le second a lieu le 14 décembre, c’est mon anniversaire, j’ai 27 ans. Je voulais quand même vous remercier, c’était un super cadeau. Première partie des Français de Tétard : Aaron joue de la guitare sur Près du Pôle Nord. Il embrasse aussi l’une des musiciennes du groupe au bar après le concert. Les faits sont prescrits. Le bateau tangue « You’re not drunk, it’s the boat », Matt - lui même incontestablement bourré - fait la même vanne 5 fois par concert, les deux soirs. Mais c’est drôle quand même. Le son est horrible, il n’y a pas de coulisses, le groupe doit traverser la foule (c’est un grand mot, on doit être 100) pour monter sur scène, d’ailleurs, il n’y a pas de scène, le public est au niveau de musiciens et se tient sagement à un mètre d’eux.

C’est un petit concert entre potes, avec des chansons énormes, trop puissantes pour ce petit rade. Même Slipping Husband, ‘vieux’ titre à l’époque avec lequel vous commencez le concert fait déjà tout craquer, alors quand vous jouez Abel ou Daughters of the Soho Riots… Il faut sortir une magnifique vieillerie comme Son pour clôturer le concert tranquillement et ramener tout le monde sur terre. Les lumières se rallument, vous êtes au bar : il n’y a pas grand monde autour de vous. Je pourrais aller vous saluer, mais je ne veux pas déranger, je suis comme ça. Je m’achète plutôt un T-shirt. Ils étaient chouettes les T-shirts verts de l’époque Alligator.

23 novembre 2010 - Olympia

Boxer. Fake empire. Barack Obama. Vous avez bien grandi depuis la Guinguette pirate. Un concert à la Maroquinerie en 2007 : je crois que c’est tout jusqu’à l’été 2010, la sortie de High Violet et ce Zénith que vous ouvrez pour Pavement. J’aimais bien Pavement quand j’avais quinze ans mais bon. Je suis un peu bougon : 3 ans sans se voir, c’est long. Du coup je trouve votre set un peu mou, un peu court. En plus, le Zénith, c’est quand même pas terrible.

Mais 6 mois plus tard, vous revenez et cette fois, c’est à l’Olympia. A l’époque, je prends encore des places en fosse. Et comme j’arrive en retard avec une bière à la main, j’en renverse (un peu) sur le dos de mon voisin de devant. Le type se retourne. Il va m’engueuler… mais en fait il sourit : on se connaît, on a bossé trois ans ensemble. Vos concerts sont vraiment magiques. Surtout que celui-ci s’ouvre et se termine de façon monumentale. Vous commencez avec Runaway. Je n’en reviens toujours pas, il faut avoir des couilles pour lancer un set avec un morceau pareil, cet hymne lent, hypnotique, complètement dépressif et splendide. Ca pleure autour de moi. C’est l’unique fois - je crois - où je l’entends live. Conseil d’ami : jouez Runaway plus souvent. Et puis, il y a le finale. Le rappel ultime qui est devenu un classique du groupe. Mr November avec Matt dans le public et le fil de son micro dans ma gueule. Et tu joues quoi après ça ? Bah tu envoies un Terrible love bien rugueux. Vous avez beau en avoir enregistré deux versions studio, c’est en live que le titre respire vraiment, sans toutes les fanfreluches du mix d’High Violet trop produite et toute polie. Ca monte encore d’un cran. Et ensuite ? Tu rallumes les lumières ? C’est fini ? Non, vous revenez encore, vous êtes dix sur scène pour Vanderlyle Crybaby Cry sans micro, ni ampli. Je n’avais jamais vu, ni entendu ça. Vous transformez l’Olympia en église. Tout le monde chante. Moi aussi et je pleure.

The National / Point Ephémère — Paris 24 06 2013 ©ML

24 juin 2013 - Point Ephémère

J’ai réussi à avoir des places pour le père de tous vos concerts. Dès le début, ça sent très bon cette histoire : vous revoir - vous qui êtes presque un groupe de stade - dans les conditions de vos débuts, dans une salle minuscule et bien déglingue. Il y a 300 places au Point Ephémère. C’est dans ce hangar, ce quasi-garage à l’acoustique approximative qui pue la bière, la sueur et les frites qu’a lieu le meilleur concert depuis Woodstock. Mon épouse rechigne à m’accompagner : je dois lui mentir, oui oui il y aura des places assises. Vous jouez Secret Meeting, The Geese of Beverly road, I Need my girl à 2 mètres de moi. C’est encore trop sur Mr November : Matt saute dans la fosse, c’est-à-dire au pied de l’estrade qui sert de scène. Je te tapote l’épaule, marque d’effusion maximale que m’autorise ma réserve naturelle. J’espère que tu t’en souviens Matt. En tout cas, tu sors de la salle pour finir la chanson dehors, juste devant le canal. Et puis tu reviens quand même pour chanter Vanderlyle avec toute la salle, entre nous, comme ça. Ca dure quatre minutes, c’est juste de la musique et de l’émotion avec le plus grand groupe américain du moment. Vous faites un Zénith aussi à l’automne ; forcément c’est un peu moins mémorable.

The National / Point Ephémère — Paris 24 06 2013 ©ML

2 novembre 2017 - Pitchfork Festival, Grande Halle de la Villette

Je n’aime pas les festivals. Le son est mauvais, les sets sont courts et le public rarement concerné. Vous tournez maintenant partout dans le monde mais en France il n’y a pas d’autres dates, à part un concert au 104 que, pour le coup j’ai raté. Du coup, pas le choix, je prends ma place pour le Pitchfork, vu que c’est la seule manière de vous voir. Vous ne m’avez pas réconcilié avec les festivals pour autant : l’aller-retour aux Etats-Unis la veille, ce n’était pas une bonne idée. Jetlaggés et bourrés, on est forcément moins bons, surtout quand on commence à jouer tard dans une halle glaciale.

On ne pouvait pas rester là-dessus : on en reparle après les concerts du 15 et du 16 avril.

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